Ex Situ / In Vivo, 2014

Réalisé avec le Collectif Culbuto. Vue de l’exposition au MAMAC de Nice. Techniques mixtes, 700x200x60 cm.

Collaboreted work with Collectif Culbuto. View of exhibition in museum of modern and contemporary art of Nice. Mixed medias, 700x200x60 cm.

Les six membres du collectif Culbuto mettent en vitrine une parcelle de l'arrière-pays niçois. Le geste est simple, franc, incisif : découper une portion de paysage d'une longueur équivalente à celle de la vitrine du MAMAC.

Découper une tranche de paysage comme on découperait une tranche de gâteau. À l'emporte-pièce, prélever des parts égales puis les reconstituer dans l'espace de la vitrine. Disposé dans des modules grillagés autonomes et à roulettes, l'échantillon roule, prêt à dégager.

Debout, face à la vitrine, on peut aisément le contempler en faisant des allers retours de droite à gauche. Thym, mauvaises herbes, terre, petits cailloux, cartouche de fusil, morceau de ruche d'abeilles, carcasse de voiture…le sol est maintenant en pente : on arrive dans le lit d'un petit ruisseau à sec.

L'habileté du Culbuto, c'est de nous mettre nez à nez face à un écosystème vivant, ou survivant. À l'inverse de contempler passivement des objets inactifs, on pourra dès lors contempler passivement des objets actifs, eux-mêmes activés par des lampes, ventilateur et système d'irrigation. Que le thym sèche ou qu'il grandisse, que le vert devienne jaune, sec et cassant ou qu'il s'intensifie, dans sa couleur comme dans sa vigueur, l'état de notre échantillon se transforme. Précis et minutieux, c'est avec un grand soin que le collectif manipule tous les éléments constitutifs de leur paysage.

Dans la vitrine latérale, le collectif Culbuto invite Jean-Charles Michelet qui apporte un soin tout aussi fin à faire vivre et grandir une réserve d'agaves laissées à l'abandon. Après avoir tatoué chacune d'elles des dessins s'inspirant d'une iconographie de tatouages de gangsters, l'artiste emploie la cicatrisation comme un processus de transformation. Exposées au sodium à la teinte orangée, les agaves en rang d'oignons semblent alors se montrer sous leur plus beau jour.

C'est dans un lent processus d'acclimatation que les organisations végétales de l'exposition Gestalt et Gangstagave vont pouvoir se développer, le temps impliqué dans l'évolution devenant l'expression d'une réalité potentielle.

 

P A 

 

TEXTE PUBLIE DANS LE JOURNAL LA STRADA
EXPOSITION Gestalt vs Gangstagave